-Il est temps de parler, de mettre les mots les uns à la suite des autres,
de faire des phrases mises à la queue leu leu, et dans cette suite de maux aqueux former un texte cohérent.
Il est temps d’ouvrir la bouche, de déployer son organe et d’utiliser ses cordes.
Il est l’heure de sortir de sous le coussin qui étouffe tes cris et les sanglots.
Il est plus que temps d’enlever ta main de devant ta bouche et de libérer le son.
-Je ne comprends rien à ce que tu me dis.
De quoi tu parles.
Ça n’a ni queue ni tête.
-Reste assise un instant Malice…
Ce que tu as à écrire est important.
-Je me sers une tasse de thé et je reviens.
-Il est temps de réouvrir le tiroir de l’oubli. Celui où tu ranges toutes les choses désagréables.
-De quoi, tu causes?
Mes tiroirs sont bien rangés et mes affaires qui m’encombrent je les donne ou je les recycle. Je n’aime pas ce qui est moche.
Tu veux du thé?
-C’est quoi le désordre sur ton bureau?
Mais où pars-tu, encore?
-Ma tasse est vide… Tu veux un thé?
-Non!
C’est quoi ces papiers sur ton bureau?
-Des listes…
-Des listes de quoi?
-Des choses à pas oublier.
Et puis des listes de listes.
-Et ça?
Mais reviens, je n’ai pas terminé.
-Je dois faire pipi, j’ai trop bu de thé.
-C’est quoi ces tas de papiers?
-Des articles découpés, des carnets avec des réflexions, des histoires intéressantes, des rêves prémonitoires et des listes de trucs à faire. Pour pas oublier.
-Et tu te relis?
-Non, rarement, je les range, je les classe dans des boîtes et puis je les oublie sous leur couvercle.
D’ailleurs il serait temps que je range, là.
-Mais qu’est ce que tu fais?
-Je range mon bureau.
-C’est pas le moment…
-Si.
Quand c’est le bordel autour de moi, c’est le bordel dans ma tête.
-Où pars tu encore?
Nettoyer mon pinceau avant qu’il ne sèche.
-C’est le moment?
-Oui, je viens de m’en souvenir, en rangeant la liste.
-ASSISE!
-Je peux pas écrire maintenant!
-Bien sur que si, tu peux.
-Non, c’est le bordel dans ma tête.
Pour enlever une partie de ce brouillard mental, je dois ranger mon bureau…
Scie jeu deux V et Cri air mains tenant, sa soeur est aphone éthique.
-Je ne comprends rien à ce que tu me dis.
Mais j’entends bien.
De quoi tu parles?
Si tu as enlevé la tête et la queue, le corps est bien présent, là.
-J’ai rien dit moi.
-Non, tu n’as rien dit.
-Quand j’étais petite, j’étais malade en voiture. Tu te souviens?
-Oui, même qu’un jour, tu as reçu de notre grand père, un chien avec une tête articulée.
Sur la plage arrière de la Volvo, il secouait la tête.
-C’était drôle.
-Tu es devenue verte, tu as enlevé la tête…
-Et j’ai tout vomi dans son corps. Puis je lui ai raccroché sa tête.
Aujourd’hui, je suis toujours malade mais plus que dans les Mercedes.
Si je m’assieds à l’arrière et que les sièges sont en cuir. Burp.
C’est malin, j’ai le coeur qui tourne maintenant.
-Malice, où vas-tu?
-Chauffer de l’eau, le thé est froid. Il y a un truc qui passe pas bien. Ça fait des bulles dans mon estomac.
Je reviens.

