Archive pour Recettes

Sirop de sapin

J’ai commencé le blog par une recette ironique de sirop de sapin de Noël.
Comme 8 personnes sur 10 arrivent sur mon site par la recherche du sirop de sapin, il est temps de la réécrire.
C’est simple.

Jeunes pousses de sapin

Fin avril début mai, c’est la bonne saison pour cueillir les jeunes pousses vertes et tendres des sapins.
Dans une bouteille, il faut faire des couches de sapin et de sucre de canne blond.
Un peu comme une bouteille de sable coloré mais en moins kitch.
4cm de bourgeons non tassés, 2 cm de sucre et ainsi de suite. Puis tasser avec un manche de cuillère en bois.
Fermer la bouteille et la placer au soleil pendant 21 jour.
Le lendemain, le sapin a déjà perdu de sa couleur et de son volume. J’en profite pour ajouter quelques couches de sapin-sucre.
Au soleil, le sucre fond et s’imprègne des parfums du sapin.
Après 21 jour, filtrer et mettre en bouteille.

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Omelette aux pissenlits

- Oh oui, Malice! Raconte-moi l’épisode où tu es à Grenade avec Citrus Cédrat, je l’adore ce passage.

- Un peu plus tard, je suis encore dans le chapitre d’Aigremoine.
Je vais te donner en attendant la recette de l’omelette aux pissenlits.

Omelette aux feuilles et boutons de pissenlits.

- Et c’est bon?

- Non, pas terrible. J’ai mis trop de feuilles de pissenlits et pas assez de boutons, je pense. Ou alors pas assez d’oeufs.

- Si c’est raté, pourquoi veux-tu partager cette recette?

- Pour ne pas te donner que mes bonnes recettes d’un côté et mes tranches de vie foireuses de l’autre.

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Jaune

Pissenlits

-Tu penses que c’est vraiment nécessaire de revenir sur cette vieille histoire? Elle date de 2005, il y a prescription. En plus elle n’intéresse personne, il vaut mieux que j’écrive des recettes de miel de pissenlit, de sirop de sapin ou de tajines, c’est la cuisine des fleurs qui intéresse le lecteur. Et moi, je préfère.

- Non, tu dois continuer.

- Ça me gonfle! J’ai raté la saison de la récolte de la sève de bouleau avec cette histoire. Retourner dans le passé, je déteste. C’est pour cela que ma mémoire efface consciencieusement tous les éléments négatifs. Ça fait moins mal. Retourner là bas, c’est comme si je me roulais nue dans les orties.

-Oui, on voit ce que ça a donné, tu as tellement effacé que tu as perdu toute ta mémoire. Et tout le reste.

-Non, ça c’est un bug qui n’a rien à voir. Et puis c’est presque résolu.

- Si, c’est en lien!

- Non.

- Si.

- Non.

- Pour parler d’autre chose, tu as remarqué que tu n’as donné que des recettes de couleur jaune? Miel de pissenlit, citrons confits, lemon curd?

- Elle est lumineuse, ta remarque. C’est vrai que la réglisse, ça m’inspire moins.

- Tu devrais peut-être…

- Fais ch….

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Tu en as trop dit ou pas assez

- Tu en a trop dit ou pas assez.

– Je vais donc continuer la recette du Lemon curd dont tu as énuméré la liste des ingrédients hier soir.

3 citrons non traités- le jus et le zeste-
150 gr de sucre de canne
I poule pour avoir 3 œufs. Quand je prends les œufs de ma poule qui court dans le jardin et à qui je donne les escargots et les limaces en extra, le lemon curd a une belle couleur jaune Pâques, par contre quand j’achète les œufs en grande surface, même s’ils sont bio, il est beaucoup plus pâle.
1 cuillère à soupe de beurre au lait cru. Je t’épargne l’achat d’une vache, une poule c’est plus simple à gérer.

Dans une casserole, faire fondre le sucre de canne, les zestes coupés très fins et le jus des citrons. Ne pas amener à ébullition pour conserver les vertus du citron.
Fouetter les œufs et verser le mélange sucre, citron, zeste sur les œufs. Battre l’ensemble.
Remettre dans la casserole à feu doux. Ajouter la cuillère de beurre. Continuer à tourner dans le mélange jusqu’à ce qu’il s’épaississe.
Mettre en pot et conserver dans le frigo.

- Ça tient combien de jours au frigo ?

- Chez moi pas longtemps, ça dépend si j’utilise une cuillère à soupe ou une cuillère à dessert pour le manger. En général les ¾ partent le premier jour, la fin du pot le lendemain. Je n’ai jamais terminé un pot entier, il y a un moment où le citron me sort par les oreilles.

- Maintenant, tu continues, Malice…

- J’ai fini le pot là, j’ai plus trop envie… Sincèrement.

- Non, tu continues ton histoire… Tu en as trop dit ou pas assez….

lemon curd aux oeufs bio de grande surface.

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Lemon curd

- Boh, j’ai mal au ventre.

- Tu m’étonnes, Malice! Tu viens de terminer le pot de lemon curd à la petite cuillère.

- C’était trop bon ! Et puis j’ai besoin de force.

- De la force ?
Avec 150 grammes de sucre de canne, 3 œufs entiers, trois citrons et leurs zestes ainsi 1 cuillère à soupe de beurre ? Oui, tu vas forcir c’est certain, mais pas comme tu l’espères.

- T’es pas sympa, Rose.
J’avais mal au ventre avant de commencer le pot. Je dois continuer l’histoire des racines. C’est pénible. Ça me bouffe les intestins. Je rêve des protagonistes toutes les nuits ces derniers jours, faut que je m’en libère, que j’en finisse. J’ai d’autres choses à faire maintenant que j’ai compris à quoi peut servir ce passé.

- Bon, au travail ! Qu’est ce que tu attends ?

- Pas keske! Kiski…
Tu te souviens quand Aigemoine, nous avait tous invités dans un restaurant libanais.

- Oui, c’était super bon.

- Un peu trop d’huile à mon goût.
C’est quelques semaines avant ce dîner que j’ai commencé à être carrément dans le brouillard… Je t’en ai déjà parlé… l’escargot… Ce soir là, je revenais d’Italie, une semaine de chimio avec ma mère. Je n’avais pas faim, rien ne passait.

- Tu sais ce que je pense de l’escargot… C’était aussi une période éprouvante à tous les points de vue.

- On était nombreux à table, je ne me souviens de personne. A part d’un chocolatier réputé.
Une grosse partie de mes souvenirs se trouve toujours dans le trou, ça m’énerve, parfois certains morceaux resurgissent. Un Puzzle. Le champagne et le bon vin coulaient à flots. Aigremoine était un bout en train comme toujours. Je suis à l’eau plate et à l’houmous. Je ne suis pas présente. Ce qu’il se passe à la table d’à côté m’intéresse plus que ce qui se dit à la notre. Ils sont une trentaine, ça sent la drogue, les combines et la frime. Il y a deux femmes, ce sont elles qui mènent le groupe même si deux malabars jouent aux caïds. J’observe le jeu de chacun, ça me change du cirque de notre table même si les numéros sont les mêmes. Au milieu du repas, Aigremoine vient s’asseoir à côté de moi.

- Malice, tu vois ce type qui dîne avec cette femme à l’entrée ?

- Oui? J’esquisse un sourire, je m’attendais à ce qu’il me sorte une blague crasse pour me faire rigoler.

- S’il est ici, ce soir, c’est que ça va bientôt sentir mauvais pour quelqu’un dans ce resto. Je n’aime pas ça du tout.

- Ah ?…

Non, ce n’est pas une blague.

– Je crois… je crois que c’est pour une femme.

Je ne sais pas pourquoi je dis ça, c’est encore une phrase qui sort toute seule de ma bouche.
Il me dévisage. Son regard me glace. Et, d’un ton beaucoup plus sec, il me répond.

- J’espère pour elle que non.

- C’est qui, qu’est ce qu’il se passe ?

- Un type que je n’aime pas voir ici! C’est le chef, comment dire…, un peu comme le deuxième bureau.

Ça ne m’avance pas plus, je ne comprends pas, mais au travers son regard, je sens que c’est un truc sérieux.

Aigremoine se lève et se dirige vers la table du couple. Il les salue, la discussion est animée. Il revient vers moi. L’homme règle l’addition et ils sortent du restaurant.

- Qu’est ce qu’il se passe?

- Je lui ai demandé ce qu’il faisait ici. Et je lui ai ordonné de partir.

- Euh, je comprends pas trop…

- Malice, ce type n’est pas là pour un dîner en amoureux. Je lui ai dit que s’il arrivait quoi que ce soit à une des personnes qui se trouve ce soir dans ce restaurant, qui que ce soit, c’est lui qui aurait des graves problèmes et que je m’en chargerais personnellement.

Aigremoine s’assied à côté de moi et se sert une flute de champagne. Du nez, il pointe les deux femmes de la grande table.

- Tu penses que c’est laquelle?

- Je ne sais pas.

Je n’ose pas lui dire que j’ai le pressentiment que c’est pour moi.

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Citrons confits

Tous les matins, je fais des grimaces de la gymnastique faciale, c’est excellent pour la santé. Enfin, c’est ce qu’on dit. Ça fait travailler tous les muscles du visage et je peux vous l’affirmer. Après que ça stimule le système immunitaire, que ça renforce les vaisseaux sanguins, que ça aide la peau à bien cicatriser et que ça inhiberait certaines altérations cellulaires qui seraient peut-être à l’origine des cancers et plein d’autres choses du même genre, je veux bien y croire.

Moi, je fais ça pour avoir la pêche, parce que j’aime faire des grimaces et, parfois, accessoirement , parce que je suis un peu masochiste.

Donc tous les matins, j’essaie je bois un jus de citron-eau plate. Au réveil.

J’aime le citron et toute la famille Citrus. Les Citrus ce sont des agrumes ou hespérides.
Botaniquement parlant, le mot Citrus n’est pas une famille, c’est un genre. Le genre Citrus qui fait partie de la famille des Rutacées. C’est parfois très compliqué la botanique.

Les Rutacées viennent de la rue qui pue. Ce n’est pas une famille socialement délaissée, en période d’accouplement, qui aurait des problèmes de migraines. C’est dommage, ça aurait pu être le terrain d’une drôle d’ histoire. Non, la rue est un arbuste qui pue du genre Ruta, genre qui a donné son nom à toute la famille.

Les Rutacées possèdent toutes des glandes odoriférantes qui contiennent des huiles essentielles. Les agrumes contrairement à la rue exaltent une senteur délicieuse.

Dans la mythologie grecque, il y avait, aux confins du monde, un magnifique jardin réservé aux Dieux, le jardin des Hespérides. Ce jardin contenait des pommes d’or qui avaient le pouvoir de rendre immortel. Ces pommes étaient le cadeau de noces que Gaïa offrit à Héra la femme de Zeus . Le jardin était gardés par les Hespérides, les superbes filles du Géant Atlas, et par un dragon à deux têtes. Atlas était un Titan, il était condamné à porter la voûte céleste.

Lorsque les grecs au troisième siècle avant Jésus-Christ découvrirent les agrumes importés d’Asie, ils les identifièrent comme les fruits mythiques de ce jardin magique.

On ne sait pas très bien ou se trouvait ce jardin. La mythologie grecque a commencé à se couvrir de poussière, et le géant Atlas est parti se coucher entre l’Algérie, la Tunisie et le Maroc.

Je pense sincèrement que ses petites filles continuent à garder ce jardin magique, là-bas quelque part et que la clé est sur la porte.

Bon, je pars dans quoi, là. Je voulais arriver à quoi ? Je me perds dans mon texte.

Ah, oui, je voulais vous donner la recette du citron confit.

Citrons confits

Il y a quelques années, je me rendais à Lille pour acheter mes citrons confits. C’était le seul endroit où je trouvais ces citrons miniatures si fins et si parfumés. Les gros citrons conservés par la soude que l’on trouve partout, je n’en voulais pas. Avant, j’étais snob, maintenant que je les fais moi-même comme les confitures, je suis devenue une bobo. J’m’en fiche et j’assume parce que c’est trop bon.

Il faut quelques kilos de citrons beldi ou limonette de Marrakech. On le trouve dans les magasins bio entre janvier et février sous le nom de citrons bergamote. Mais ce ne sont pas les vrais citrons bergamote. C’est une variété que j’essaie d’identifier.

Sinon, vous pouvez utiliser avec des citrons des quatre saisons, le citron jaune que l’on trouve partout. Il est un peu moins parfumé mais tout aussi délicieux . Le plus important c’est qu’il soit bio, sinon, ce n’est pas la peine de bricoler dans sa cuisine. Parce que ce qui se mange au final dans le citron confit , c’est la peau et pas la pulpe.

Il faut couper les citrons en 4 mais pas entièrement, en laissant les quartiers tenir ensemble par le petit téton.

Remplir chaque citron d’une cuillère à café de sel de mer.

Déposer les citrons dans un bocal préalablement ébouillanté.
Bien tasser les citrons.

Le lendemain, remplir le bocal avec de l’eau bouillante. Fermer. Et conserver au frais pendant trois mois.

Les citrons sont confits, il suffit d’enlever la pulpe, et d’imaginer le plat qu’ils parfumeront.

C’est simple, non?

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Sur la plus haute marche

Elle m’a foutu le bourdon, hier, ma soeur avec son histoire d’échelle.
A croire que ce sont les mots des autres et pas les faits qui peuvent influencer l’état émotionnel.

En terminant ma confiture de prunes, j’ai réfléchi à ses paroles. Je fais des confitures parce qu’à part les manger fraîches et ou en faire des pruneaux, l’autre solution pour conserver les prunes c’est de les mettre dans l’alcool. Comme je ne bois pas, je ne vois pas l’intérêt de faire des conserves de ce type, à part décorer l’étagère de produits home made comme les foetus en bocaux dans une école de médecine.

J’avais commencé par mettre les prunes (un quart de mon arbre qui porte pour la première fois) dans un extracteur de jus pour la gelée. J’ai fait un faux mouvement et ce qui était prévisible arriva, les trois litres de jus se sont répandus sur le plancher. Ça colle, c’est rouge et ça tache. Maintenant, je vois la trace de mon colocataire Dikkeneck que j’ai découpé à la tronçonneuse en pensées, sur le sol de ma cuisine. Et là, je me suis dit que j’avais quand même beaucoup de chance de ne pas avoir mis les 2,5kg de sucre dans le jus et surtout de ne pas être tout en haut de l’échelle de stress de ma soeur. Tu peux imaginer le carnage que ça peut représenter, dans une pièce, une bouteille de sang de prunes qui tombe de cette hauteur.

Je suis descendue dans le verger pour cueillir une autre partie des prunes, celles qui sont à hauteur de mes bras, parce que je t’ai dit que sur une échelle j’avais mal au coeur. Sur internet, dans un site, ils conseillaient de secouer l’arbre. Il ne faut pas suivre tous les conseils du net, hein, les prunes sont tellement mûres que tu peux alors récolter la confiture à la cuillère directement dans l’herbe.
Comme je suis très généreuse ( et accessoirement je n’arrive pas à cueillir moitié supérieure de l’arbre) j’ai dit à mon voisin qu’il pouvait avoir toutes les prunes qui restent.

J’ai tenu l’échelle, il est monté. Tenir l’échelle, c’est plutôt symbolique, comme aide, parce que avec son poids, j’aurais été incapable d’assurer quoi que ce soit. Et là j’ai eu une vision. J’ai vu une grande partie de mes amis en haut d’échelles dans le verger, tenant d’une main leur fiole d’emmerdes et de l’autre leur bouteille d’alcool. Ils secouaient les arbres parce qu’ils étaient bourrés et qu’ils n’avaient plus de main de libre pour cueillir quoi que ce soit. Ça ne m’étonne pas qu’ils soient stressés, ils sont tous dans une situation assez périlleuse pour ne pas dire casse-gueule. A ce moment, mon voisin a tiré un peu trop fort sur une branche et j’ai été canardé de prunes trop mûres. Il s’est répandu en excuses, moi j’ai rigolé.

J’ai terminé la confiture de prunes. Je ne te donne pas la recette, lecteur, parce que c’est un peu fade. C’est doux, fort sucré mais c’est pas super excitant comme saveur, j’aurais pt’être dû mettre de la vanille. Il y a un deuxième arbre dont les prunes seront mûres dans quelques jours. J’ajouterai des épices et des fleurs dans la recette de base. Si j’invente une bonne recette, je partagerai.

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De la traite des escargots.

Pendant plusieurs semaines, il y a eu dans ma cuisine un bocal avec des escargots. J’ai hésité longtemps entre les cuisiner ou les remettre en liberté. J’ai tardé à me décider. Vraiment. Pour passer le temps, les Petits gris me regardaient expérimenter des recettes pendant que les autres élaboraient des plans d’évasion de leur Alcatraz de verre.

Les escargots de Bourgogne et les limaces raffolent des jardins avec orties, c’est ce qui ressort d’une étude sur la biodiversité des escargots effectuée dans les jardins de France. Les petits gris, ils se fichent des orties, ils sont heureux partout.

J’aime les jardins sauvages mais cette année, mon jardin est un peu à l’abandon, rempli d’orties et donc colonisé par des hordes d’escargots affamés. Qui ne tremblerait pas devant cette armée terrifiante lancée à 4m à l’heure, prête à tout dévorer avec leurs 20 000 dents par soldat?

Il y a deux trois ans (j’ai encore des séquelles temporelles), j’ai été mordue par un vampire escargot. Enfin, je crois que c’est une variété d’escargot. Mordue deux fois en quelques années d’intervalle et par la même bestiole! Quelle conne! C’est pas comme un moustique qui te prévient qu’il va te piquer et qui se marre quand tu te planques sous ton oreiller. Non, l’escargot, c’est lent, c’est silencieux, mais ça fait des dégâts parfois irrémédiables sur les jeunes pousses. La première fois que l’escargot m’a mordu, il m’a fait très mal, mais c’est la deuxième fois que la transformation est intervenue: je suis devenue à mon tour un escargot. Plus d’une année recroquevillée dans ma coquille, sept neurones à la place du cerveau dont deux seulement en état de fonctionnement. Deux neurones, je t’explique pas le vide intersidéral que ça laisse dans la boîte crânienne. J’ai réussi tant bien que mal depuis quelques mois à sortir de cette coquille et à rétablir des connections neuronales. Elles ne sont pas encore toutes recréées mais de jours en jours ça progresse. Je peux lire à nouveau, je commence à réécrire, je retrouve des fils de mémoire. C’est toujours ça. Quand les escargots ont commencés à envahir mon jardin, ce printemps j’ai décidé de les manger, un peu comme un comme un remède homéopathique. Un médecin, sans connaître mon histoire, m’avait prescrit de l’extrait de Berberis vulgaris, pour soigner mes intolérances alimentaires et les épisodes d’autisme qui en sont liés. J’avais pas osé, c’était trop énorme, trop violent, trop amère. Mais pour sortir de ma coquille en douceur, pourquoi pas manger des escargots? C ‘est bon des escargots avec du beurre d’ours. Je sais, je suis bloquée au stade oral alors que je devrais les couper en deux avec le sécateur ou marcher dessus pour qu’ils craquent sous mes pieds. T’inquiète lecteur, ça va venir, je suis encore en convalescence, mais plus pour longtemps.

J’ai donc ramassé un bon seau d’escargots. De toutes tailles et couleurs. Puis, je les ai triés pour ne conserver que les petits gris et les gros de bourgogne. J’ai jeté les autres escargots par dessus la haie, chez mon voisin de gauche, pas le gentil qui m’apporte des patates, pas ma soeur gémelle qui se fiche tendrement de moi, mais celui qui coupe les moustaches de mon chat et dont je raconterai la fêlure dans un autre post. Puis, j’ai cherché sur internet comment les préparer. Moi, qui comptait les manger le soir même, c’était raté. La vengeance est un plat qui se mange froid, dit-on. Il ne s’agit pas de vengeance, mais de guérison. En fait, c’est pareil, ça prend du temps aussi. Bref, une fois la cueillette des escargots effectuée, il faut les nettoyer soigneusement et les faire jeûner deux semaines minimum pour vider leurs intestins.

Un gastéropode ça signifie littéralement un estomac dans le pied. Est ce que ça peut aussi se traduire par un estomac dans les talons? J’ai donc mis les escargots au régime dans un bocal, sur le plan de travail de la cuisine. J’ai fermé l’ouverture avec un papier cuisson et une ficelle comme je ferme un pot de tanjia et j’y ai fait quelques trous pour qu’ils puissent respirer. Un éleveur d’escargots conseillait de leur donner quelques plantes aromatiques avant le jeûne pour parfumer leur chair. Je n’avais que quelques feuilles de basilic et je les ai mises sur MES tomates pour MON dîner. Dans la nature, l’escargot mange des fruits, des fleurs, des herbes, mais il adore aussi tous les produits à base de cellulose comme le journal ou le carton… L’escargot aime le papier! Idiote! Le lendemain matin, j’ai trouvé un superbe dessin de Jackson Pollok à la bave sur le sol de la cuisine et plus un seul escargot dans le bocal. Après leur folle nuit, et leur orgie de papier cuisson, ils se sont tous endormis au pied de leur prison de verre. Ils avaient pourtant insisté, les éleveurs, d’enfermer les escargots avec du grillage! Je les ai replacés dans leur bocal après leur avoir donné une douche. C’est drôle, mais j’avais déjà beaucoup moins envie de les cuisiner. Surtout qu’après les avoir bien nettoyés et fait jeûner un temps, il faut les ébouillanter rapidement, les sortir de leur coquille, enlever la fin du limaçon puis les masser pour les rendre plus tendres avant de les cuisiner. Les masser? Avec un peu d’huile essentielle et de la musique relaxante? Non, je ne masse que mon namoureux et les personnes que j’aime. Masser un nescargot, Poua! Avant, on les plongeaient dans le sel pour les faire baver, maintenant c’est interdit, c’était trop lent et trop cruel comme mort. Je pense que ça dépend du nescargot, non?

L’escargot a des vertus bénéfiques pour notre santé: peu calorique, sans cholestérol, 15% de matière grasse et 75% de protéines d’excellente qualité comme le vante un site l’héliciculture. Ouais, et avec du beurre d’ours à 80% de MG? C’est toujours diététique?

Tous les visiteurs me posaient la même question:
-Tu fais un élevage d’escargots Malice?
Comme je déteste manger seule, je leur demandais s’ils aimaient les escargots. Mais à voir leur tête, j’ai vite compris que ce n’était pas leur tasse de thé.
-Je les dresse, je prépare un spectacle, ils vont faire un numéro.

Les escargots commençaient à se calmer dans leur bocal, ils se préparaient à hiberner. Ils peuvent attendre de cette façon six mois dans leur coquille, à dormir, sans boire ni manger.

J’ai alors entendu parler d’une crème miracle pour la peau à base de bave d’escargot. Ce n’est pas une blague, la bave d’escargot se vend pour la cosmétique. Récolter la bave d’escargot ça se dit TRAIRE l’escargot! Je n’ai pas immédiatement fait une recherche google pour y trouver l’explication du processus. Parce que c’était drôle, mon imagination s’est chargée de me raconter des scénarios. J’ai rigolé toute seule pendant quelques jours. Quand on sait qu’un escargot est hermaphrodite, c’est à dire à la fois mâle et femelle, on peut tout imaginer. L’amour est dans le pré.

J’ai parlé de mes doutes de prédateur d’escargot à un autre voisin, celui qui récolte des bourgeons de tilleul pour en faire des salades. Dans le passé, il avait eu la même bonne idée que moi et avait été jusqu’au bout du processus. Il était dans la dèche financière à cette époque et s’était tourné vers cette source de protéines abondante dans nos jardins humides. Il m’a dit que ce n’était pas terrible comme expérience et qu’il n’était pas prêt à réitérer l’opération parce que les escargots de bourgogne peuvent vivre plus de dix ans et que n’ayant aucun moyen de connaître leur âge, c’était vraiment très très caoutchouteux. J’ai regardé les quelques petit gris bien tendres qui dormaient paisiblement à côté des gros bourguignons. Et je leur ai souri bêtement. J’ai conservé mes bestioles pendant quelques jours encore, parce que je m’étais attachée à leur présence dans la cuisine. Les escargots à l’ail, je les mangerai au restaurant, et encore, je crois que je n’en ai plus envie. Pour la crème anti-ride, je continuerai d’utiliser mon huile de pâquerette, c’est facile à faire et c’est relativement efficace. J’ai pris un gros feutre et j’ai dessiné un numéro sur chaque escargot. Je les ai déposés en ligne sur le trottoir. Comme ils sont vraiment très lents à réagir, une demi heure plus tard, ils n’avaient toujours pas bougés d’une seule antenne. Je suis rentrée dans ma tanière pour inventer une autre bêtise culinaire à expérimenter. Depuis, je ne les ai plus jamais revus. Parfois en arrachant des orties, je trouve un de leur congénère. Je regarde s’il possède un numéro sur sa coquille. Pour le reste j’ai commencé les gouttes de Berberis vulgaris. Ça semble fonctionner.

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Du beurre d’ours

Ce week-end à Bruxelles se déroulait le Brussels Jazz Marathon. 150 concerts gratuits, et plus de 400 musiciens qui égrainaient et semaient des notes de Jazz et de Blues dans les rues, les trottoirs, les bars, les restaurants et les places cultes de la capitale. Lorsqu’elle est accessible à chacun, la musique comme l’art et la bonne bouffe, c’est fédérateur.

Les fromages de Wallonie et une certaine bière du Brabant Flamand sponsorisaient l’événement. Les deux se mariant extrêmement bien. Si un moisi puant se marie bien avec une brune alcoolisée, pourquoi la cohabitation flamand wallon, ne fonctionnerait-elle pas? A 15 jours des élections, cet appel d’alliance de terroir subliminal (et sublime de la part des organisateurs s’il est dû au hasard) est probablement trop subtil pour nos politiciens trop occupés à distribuer leurs tracts électoraux sur les marchés.

Je rêve, tout haut, d’une Belgique qui, tous les mois, offrirait son territoire comme scène géante à tous les créateurs qui y vivent, pour remettre de la vie dans ses villes et ses communes par le partage universel que permet la musique, l’art sous toute ses formes, et la cuisine.

Je suis une rêveuse, je sais.

J’ai ramené du Brussels Jazz Marathon 2010 du bon beurre au lait cru et Hobo Jungle.

Le bon beurre au lait cru devient de plus en plus difficile à trouver. Alors quand j’en trouve par hasard, je l’achète. Aujourd’hui 31 mai, je ne trouve en grande surface que des beurres uniformisés en une pâte pasteurisée blafarde particulièrement infâme. Alors que le bon beurre des vaches qui ont brouté l’herbe de printemps, il a, pour le moment, la couleur des boutons d’or.

Samedi soir, à côté de la grande scène de jazz sur la Grand place de Bruxelles, il y avait un fermier improbable dans une cahute qui vendait du fromage et du beurre au lait cru. Le fromage, je ne peux pas en manger à mon grand désespoir, sous peine d’intolérance alimentaire aiguë et d’autisme lié. Mais le beurre je peux. Et puis il me reste 26 kg de pommes de terre à cuisiner, alors j’ai pensé à une bonne recette et j’ai acheté mon beurre rare qui m’a accompagné toute la soirée de concert en concert, en fondant définitivement au son de la voix du chanteur d’Hobo Jungle.

Beurre d’ours
125 gr de beurre salé au lait cru
5 fleurs d’ail des ours
un petit bouquet de cardamines des prés

Mélanger le beurre et les fleurs.
Le beurre de fleurs peut-être congelé pour être utilisé lors d’un lointain dîner.

L’ail des ours Allium ursinum est une plante sauvage au goût d’ail qui colonise les sous bois. Elle est très riche en vitamine C et on dit que les ours la recherchent au printemps pour sortir de leur hivernation. De nombreux artistes ou d’adolescents ayant un tempérament d’ours peuvent suivre l’exemple gourmand de leurs congénères. On utilise en cuisine aussi bien le bulbe, que les feuilles et les fleurs.

La cardamine des prés Cardamine pratensis avec ses jolies fleurs violettes qui porte aussi le nom de cresson des prés pour la similitude de goût piquant de ses feuilles avec le cresson des fontaines est tonique, expectorante et antitussive. Elle est aussi antiscorbutique. Le scorbut, une vieille maladie qui touchait surtout les marins, est due à un déficit en vitamine C. Cette maladie qui avait pratiquement disparu refait surface aux USA chez les adolescents qui ne mangent ni fruits ni légumes frais.

Un morceau de beurre des ours sur une pomme de terre en chemise, c’est joli (le beurre fond, laissant apparaître les fleurs), c’est bon et c’est plein de vitamines A (le beurre) et C (les fleurs). En fin d’hiver ou en période d’examens c’est plus sain, plus drôle et plus efficace que le guronsan.

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J’arrache des yeux…

Pour évacuer son énergie, chacun à sa recette. Certains vont taper des balles, qu’elles soient de tennis, de golf, ou de foot, l’important étant le bien-être que ce moment de sport procure. Moi, chaque semaine j’arrache des yeux pendant une heure. Oui, c’est mon côté sportive-sadique-perverse. J’assume.

Revenons quelques mois en arrière. Mon gentil voisin m’a fait un cadeau empoisonné de 30 kg de pommes de terre. 30 kilos, c’est énorme, ça prend de la place et ça m’oblige à manger 3,75 kg de patates par mois avant la nouvelles récolte de septembre. Bon, il y en avait des très drôles, en forme de coeur, parfaites pour une tajine de Saint Valentin. Et puis d’autres moins marrantes. Je ne suis pas une énorme mangeuse de pommes de terre même si j’ai beaucoup d’imagination gourmande pour les préparer.

Le problème des bonnes patates bio “de mon jardin” sans traitements chimiques, c’est que dès que la sève de la nature retrouve ses esprits après l’hiver, elles commencent à germer dans ma cave, à devenir molles et décrépies, puis elles font des grandes pousses violettes à la recherche de la lumière. Avec un panier de pommes de terre germées en milieu de table, j’ai épaté plus d’un décorateur parisien blasé. Mais cette année avec mes 28 kg restant, la faim dans le monde et la crise, pas question de faire de la décoration futile avec la nourriture. J’organise des dîners patates très chics et très simples. J’invite un philosophe en plat principal et j’invente des tas de recettes.

Pour éviter que les pommes de terre ne germent, toutes les semaines depuis le mois d’avril, je dois leur arracher les yeux. Je transfère toute la colère et le ressentiment sadique que j’ai envers la pomme de mon ex-colocataire Dikkeneck sur les pommes de terre. Arracher les yeux de 28, 27, 26, 25 kilos de patates, c’est du sport.

Je viens de faire mon heure d’exercice et de torture hebdomadaire. Je me sens bien et apaisée. Les yeux révulsent sur le tas de compost, les patates sont à nouveau enfermées dans la cave noire.

Il y en a deux, privilégiées parmi les plus fermes, qui ont eu l’honneur d’être invitées à ma table ce soir.

Deux échalotes, du gingembre, curcuma, cumin, huile d’olive et sel. Un chapeau. Et hop, bon appétit.

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