Ce n’est pas Aigremoine qui m’a convaincue de partir au Brésil. Maintenant, je m’en souviens.
La fille de Constance s’y trouvait en vacances avec son petit ami. Blanche est une jeune comédienne, lui est réalisateur. Elle doit avoir un caractère de merde ou une tare du style. Après quelques jours idylliques, son courageux copain repart en France avec le premier avion. Mon amie est paniquée de savoir sa fille seule quelque part, là bas, on ne sait où. Elle a appris qu’Aigremoine s’y trouve, elle me demande d’intervenir auprès de lui pour aller rechercher sa fille.
J’arrive le lendemain matin à Rio avec ma croix de Saint Bernard. Blanche n’y est pas, elle est à Salvador de Bahia. Ça tombe bien, Aigremoine aimerait y passer le week-end. L’ambiance de Salvador est tout autre que celle de Rio. Je retrouve mon sourire, mon rire et Blanche. Entre temps, une production l’a appelée, elle lui a trouvé un billet d’avion de retour pour un remplacement au pied levé. Nous passons une superbe soirée. Je la conduis à l’aéroport aux petites heures. J’envoie un mail à sa mère : « 11 000 km pour te rassurer. Tout va bien. »
Par contre je n’ose pas regarder le bilan carbone de mon petit trip. Oui, je rêvais d’aller au Brésil, mais du côté de Manaus pour y rencontrer les chamans et les plantes, ce qui est très, très, différent de l’endroit où je me trouve et du destin que l’on veut me faire prendre.
Je suis au bord de la piscine, une noix de coco dans la main.
Je ne peux pas sortir sans être accompagnée de deux malabars. Au début, parce que je n’étais pas au courant et qu’ils avaient reçus comme consigne d’être très discrets, je pensais être suivie par des types louches. J’ai essayé de les semer en vain puis je suis rentrée à l’hôtel en courant. Aigremoine était mort de rire. J’ai rigolé un peu parce que la situation était drôle mais je ne comprenais pas trop pourquoi on me collait ces armoires à glaces.
- C’est quoi cette blague?
- Nos gardes du corps…
- Hein, pourquoi ? Je peux bien garder mon corps toute seule!
- Vas mettre ton maillot, je t’attends au bord de la piscine.
Je suis au bord de la piscine, une noix de coco à la main.
- Malice, je t’ai déjà raconté mon histoire avec La Blonde.
- Oui.
- Tu sais bien que j’en ai souffert. Beaucoup. Je m’étais juré que jamais plus je ne sortirai avec une blonde.
Chaque fois que je rentre à Azrak, je vais consulter une amie qui est voyante. Une très grande voyante. Avant que je ne te rencontre, elle m’avait dit que je terminerais ma vie avec une femme blonde que j’allais bientôt la rencontrer.
- Ah! Tu me fais peur! Lui dis-je en rigolant.
- Je lui ai dit jamais plus de blonde. Mais elle me l’a encore confirmé il y a peu.
Cette blonde, est une femme qui a toujours été mon esclave et ce depuis l’époque des Pharaons.
Aigremoine me regarde droit dans les yeux. Et très sérieusement me dit:
- Malice, on ne peut pas échapper à son destin… Tu seras toujours mon esclave.
Là, je ne rigole plus, son regard me fait peur.
Je regarde sa noix de coco presque vide. C’est dangereux le lait de coco, ça doit fermenter, monter au cerveau et inverser les connections neuronales. Je ne vois que ça.
Je ne sais pas trop si je dois prendre cette déclaration comme du lard ou du cochon. Je ne réagis pas. Je me tais. Je pense qu’aucune expression n’a traversé mon visage. C’est toujours comme ça quand j’accuse un gros choc. On me reproche parfois d’être froide, c’est ma protection.
La plupart, si pas la majorité des personnes qui gouvernent suivent les prédictions des voyantes. C’est ahurissant!
Mais ce n’est pas une femme que je ne connais pas et qui raconte déjà des trucs négatifs qui va décider de mon avenir. Non, non, je préfère prendre un chemin de campagne qui même s’il est poussiéreux, plein de nids de poules et sinueux traversera de très très beaux paysages de vie. Ça c’est mon choix mais je suis incapable de bouger, de réfléchir et de prendre mon destin en main. Brouillard.
Nous rentrons à Rio.
Mon humeur de bouledogue est revenue.
Le Brésil est le pays des pierres et j’ai toujours eu un rapport particulier avec les pierres. J’en parlerai plus tard.
Nous allons chez H.Stern. C’est super gentil de la part d’Aigremoine mais c’est plutôt les pierres à l’état de cailloux qui m’intéressent, pas en collier. Il y a une superbe parure en Célestine. J’ai besoin de toucher cette pierre qui m’apaise. Aigremoine met le collier autour de mon cou. A cet instant le téléphone sonne. Il y répond et devient subitement tout vert. Je n’ai jamais vu son masque tomber comme ce jour là.
Il me tire par le bras à l’écart des vendeurs.
- Malice, tu avais raison au bord de la mer d’Azrak. Le président Mollefigue veut que ma nièce épouse son fils. Il vient d’en faire officiellement la demande. Comme je suis l’ainé de la famille, je dois donner mon accord.
Aigremoine est décomposé.
- Tu ne vas pas accepter, j’espère !
- Je crois que je n’ai pas trop le choix.
- Il y a des événements qu’on ne peux maîtriser mais on doit toujours faire un choix.
Et je repense à la phrase qu’il m’a prononcée la veille.
- Mais votre famille n’a pas besoin d’eux. Elle a 20 ans de moins que lui, au minimum, et lui c’est déjà un vieux crabe ! La faire rentrer dans cette famille, c’est la condamner et vous aussi par la même occasion.
- Tu te souviens il y a quelques semaines, quand tu as été voir mon frère et sa femme à Paris ? C’était une rencontre organisée entre les deux futurs époux, hors Azrak.
Là, c’est moi qui suis devenue verte.
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